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In Waves – Samy Thiébault

Samy Thiébault   

(1978)

In Waves

 

Date de composition : avril à décembre 2025

Date de création : 26 mars 2026 à l’Opéra de Rennes par l’Orchestre national de Bretagne dirigé par Aurélien Azan Zielinski

 

Le saxophoniste et compositeur Samy Thiébault a imaginé In Waves comme un voyage initiatique. Inspiré par ses rencontres musicales notamment dans le Sud Pacifique, l’artiste joue des couleurs du jazz, du classique et des musiques du Monde, intégrant ce qu’il nomme la créolité. Son univers sonore devient alors celui des grands espaces et de l’infinité de l’océan.

 

Comment est née l’idée de ce programme entre jazz et classique et qui s’inspire de votre album In Waves ?

 

C’est la deuxième fois que je collabore avec l’Orchestre national de Bretagne, après le project Symphonic Tales. In Waves achève un voyage artistique comme le miroir de ce que le romancier et philosophe Edouard Glissant nommait « Le Village-Monde ». Le passage du disque à l’écriture pour orchestre et en concert de In Waves répond à plusieurs impératifs. Tout d’abord, la situation géographique de l’orchestre devant l’Atlantique s’impose puis c’est la médiation culturelle que j’effectue dans les collèges des Îles du Ponant (les élèves travaillent sur la mise en forme musicale de leurs sensations face à l’océan et ils proposeront prochainement « leur » version de In Waves !). Enfin, je ressens une ambition océanique, c’est-à-dire que nos impressions et expressions composent un Tout avec la Nature. Un orchestre symphonique apparait alors comme un outil extraordinaire pour répondre à l’immensité de ce thème.

 

Votre album fait appel à l’électroacoustique et des effets sonores particuliers. Comment transposer cet univers dans le monde de l’orchestre symphonique ?

 

C’était tout l’enjeu d’un tel défi. Je suis un passionné de l’écriture pour orchestre et je n’ai pas ménagé ses pupitres dans la partition ! Chaque morceau revêt une démarche musicale particulière. Pour les bruits de vagues et les sons synthétiques, j’ai entrepris un important travail d’orchestration afin que les percussions deviennent des éléments de couleurs. Dans la pièce Dakhla, par exemple, le thème est celui d’un village de pêcheurs du sud-marocain. L’amplification orchestrale allait de soi car j’entendais les vents et percussions de la culture arabe. In Waves a été le morceau le plus délicat à transposer à l’orchestre car sa rythmique est impaire. Ce « déséquilibre » évoque les musiques des Îles Fidji et plus particulièrement, le chant polynésien Na pua ri ki te va ka, qui bénit les départs en mer. C’est en quelque sorte, un dialogue avec l’océan.

 

Est-ce que la partition se structure à partir d’une narration symphonique ?

 

La dimension narrative est celle d’un jazzman habitué à l’improvisation. De fait, une autre narration se crée devant l’orchestre et il est essentiel de savoir comment il sonne car nous passons du sextuor au disque à la formation symphonique. La dimension narrative qui m’a inspirée pour cette pièce m’est apparue après la composition de Crêtes, une commande de l’Orchestre Philharmonique de Radio France. Elle m’a été passée par l’orchestre après que j’aie obtenu le Prix des Auditeurs France Musique – Sacem, grâce à la bande originale du film L’air de la mer rend libre de Nadir Moknèche. Crêtes partait de la notion d’engagement, ce qui est aussi l’enjeu de In Waves. Il s’agit de l’engagement en mer ou en montagne dans des zones difficiles pour l’humain.

 

Comment vont s’enchaîner, en concert, les diverses parties de l’œuvre ?

 

Les parties d’improvisation sont prévues et, à certains endroits de la partition, le sextuor pourra improviser. J’ai déjà travaillé avec le chef d’orchestre Aurélien Azan Zielinsky et cela facilite beaucoup la mise en place de ces séquences.

 

Parlez-nous de l’orchestration…

 

Tout l’enjeu a été de remplacer l’électroacoustique et d’en rester à la nomenclature de l’orchestre. J’ai entrepris un travail important d’adaptation et de répartition entre la batterie jazz et la percussion de l’orchestre. J’apprécie beaucoup le travail collectif et chaque pupitre a été pleinement « nourri » de musique!

 

Comment définiriez-vous votre esthétique musicale et quelles sont les influences qui marquent votre écriture ?

 

Voilà une question à laquelle il est de plus en plus difficile de répondre! Dans le passé, j’aurais évoqué la filiation de John Coltrane et de la musique classique française de la première moitié du 20ème siècle. Depuis quelques années, les musiques des Caraïbes, le travail avec l’électroacoustique, mais aussi l’écriture pour le cinéma et des expériences avec le théâtre ont enrichi mon voyage sonore. Mon langage passe nécessairement par l’improvisation et le recul sans cesse de ses limites. Enfin, c’est la notion d’engagement, de dépassement qui me motive dans tous les aspects de ma vie.