Francis Poulenc
(1899-1963)
Concerto pour piano et orchestre, FP 146
Date de composition : entre mai et octobre 1949
Date de création: 6 janvier 1950 par l’Orchestre symphonique de Boston sous la direction de Charles Munch – qui fut le commanditaire de l’œuvre – avec le compositeur au piano.
Trois mouvements
I. Allegretto
II. Andante con moto
III. Rondeau à la française (presto giocoso)
Poulenc n’a pas cessé d’être en décalage avec son siècle, d’affirmer son étrangeté à l’abri des courants les plus marquants de son époque. « Moine ou voyou » selon l’expression, l’homme et l’artiste sont deux provocateurs qui manient le charme avec humour et austérité. Ce pince-sans-rire cultive les filiations les plus inattendues : Erik Satie lui fît découvrir les caf’conc’ et Igor Stravinsky, le néo-classicisme comme l’antidote du romantisme. Il en rejette d’ailleurs la sentimentalité, alors que sa musique respire autant de mélancolie calculée que de climats spontanés. À bas les contraintes, à bas les esthétiques figées ! Tel est le Credo de Francis Poulenc et l’explication de son insatiable curiosité.
Le piano est l’instrument privilégié de son écriture : « C’est à lui que je dois tout le début de ma carrière » et hormis le répertoire spécifique de l’instrument, le catalogue concertant pour les claviers est modeste en nombre d’opus, mais stupéfiant par son originalité : Aubade (1929), le Concerto pour piano et orchestre (1949), le Concerto pour deux pianos et orchestre (1932) auxquels nous pourrions ajouter le Concert champêtre pour clavecin (1928) ainsi que le Concerto pour orgue, orchestre à cordes et timbales (1938).
Ces œuvres rompent radicalement avec les écritures concertantes traditionnelles, qu’elles soient d’origines slaves, germaniques ou latines. Chez Poulenc, c’est la fantaisie jusqu’au collage qui domine. L’intelligence et la sensibilité subliment le « … à la manière de… » et l’on découvre dans sa musique autant de réminiscences de Bach que de Mozart, Stravinsky, Gershwin et Rachmaninov !
Lorsque le musicologue et critique musical Claude Rostand interrogea le compositeur au sujet de son Concerto pour piano, celui-ci lui répondit: « voilà une sorte de souvenir de Paris pour pianiste compositeur. » À Marie-Blanche de Polignac, Poulenc écrit : « Je viens de terminer le premier temps (sic) de mon concerto pour Boston. Je ne suis pas mécontent. C’est très strict comme forme mais pas embêtant : du Poupoule [surnom de Poulenc pour ses amis] de 50 ans ».
Ne pas attacher trop d’importance à cette partition sembla donc confier le musicien. Il est vrai que le charme fluide, une certaine nonchalance animent tout le premier mouvement, Allegretto. Mais subitement, au sortir de quelques accords de piano, le sourire se fige pour laisser place à une certaine gravité sinon solennité que les vents accompagnent.
« Commencer très calmement » est-il écrit au début du deuxième mouvement, Andante con moto. Comment dissimuler sa sensibilité, comment ne pas montrer les larmes qui montent aux yeux ? Voilà toute la vérité de Poulenc dont l’écriture musicale se veut sèche et pudique. Elle est totalement contredite par le lyrisme et la joie de vivre de ce passage.
Le Finale, Rondeau à la française cite une chanson américaine de 1851, Old Folks at Home de Stephen Foster. Une manière détournée de rendre hommage au pays qui accueille alors la première du concerto. Laissons Poulenc s’exprimer juste après la création et avec sa truculence habituelle, au sujet du finale : « Les américaines ne peuvent s’empêcher de hurler d’admiration. Après l’Andante, on en emporte sur des civières, une centaine évanouies de volupté. Après le finale, tout le reste des femmes hurlent : À bas Poulenc ! On ne se fout pas du public ainsi ! Ce Rondeau à la française, c’est bien les bordels de Paris. Aucun homme n’assistant au concert, impossible de défendre nos Chabanais [nom d’une célèbre maison close parisienne fermée en 1946]. Voyez dans quel état me met mon rondeau ! »