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[Dossier pédagogique] Bach to the future

En décembre 2021, l’Orchestre National de Bretagne accueille le claveciniste Jory Vinikour ! Au programme le Concerto pour clavecin en ré mineur BW1052 ainsi que le Concerto brandebourgeois n°5 de Jean-Sébastien Bach… Un concert scolaire aura lieu le vendredi 3 décembre à 14h30 à l’Opéra de Rennes. En compagnie du comédien Richard Dubelski, vous découvrirez la vie de cet immense musicien et découvrirez des extraits des œuvres joués en direct par l’orchestre !

Vous trouverez dans ces pages des éléments pour préparer vos élèves à ce concert, avec quelques focus dans la partition, des guides d’écoute, un parallèle entre
l’ornementation en musique et en architecture, ainsi qu’une rencontre sous forme vidéo avec Jory Vinikour.

N’hésitez pas à me contacter pour toute question ou suggestion,

Bonnes découvertes, bons concerts!

Hugo Crognier

hugo.crognier@ac-rennes.fr

Rencontre avec le claveciniste Jory Vinikour

Jean-Sébastien Bach, Au nom du père*

“Sans Bach, la théologie serait dépourvue d’objet, la Création fictive, le néant péremptoire. S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu…”

Cioran, Syllogismes de l’amertume, 1952

La famille Bach est une importante dynastie de musiciens de Thuringe qu’on peut faire remonter à Veit Bach, meunier et musicien au XVI ème siècle. Jean-Sébastien Bach est né le 21 mars 1685 à Eisenach.

Passées les mentions de son appartenance à une longue lignée de compositeurs et de sa jeunesse orpheline et autodidacte, les biographies s’organisent autour de quelques
scènes retenues comme emblématiques :

– Le vol, à la fin de son adolescence, d’un recueil de pièces de clavecin considérées par son frère ainé comme au dessus de ses forces, et qu’il passe ses nuits à recopier «au clair de lune», se doit d’illustrer sa précocité, sa soif de connaissances, et sa hauteur de vue qui lui fait enfreindre les lois communes au bénéfice des exigences de son art.

– La permission de quatre semaines, obtenue en 1705 auprès de son employeur à Arnstadt, et qu’il porte de son propre chef à 4 mois, pour aller à pied à Lubeck, distante de quelques 400 kilomètres, écouter le grand organiste Buxtehude.

– Les divers récitals et duels : Bach versus Louis Marchand, à Dresde en 1717, où le rival français se serait enfui pour éviter une confrontation inégale, et Hambourg, en 1720, où il impressionne Reinken qui, en l’adoubant, le proclame digne successeur de la grande école germanique d’organistes improvisateurs, autant de manifestations de sa science inégalée de la musique, faisant de lui LE compositeur par excellence.

– La visite au Roi Frédéric de Prusse dans sa résidence de Postdam (près de Berlin), enfin, nourrit la légende selon laquelle le souverain aurait soumis un thème de son cru à la sagacité d’improvisateur du vieux compositeur, donnant naissance à la magistrale Offrande musicale.

Ces épisodes magnifiant la grandeur de Bach sont extraits du fil d’une existence bien réglée, placée sous le signe de la piété, de l’humilité et de l’artisanat (assez étrangers au
concept de génie développé ultérieurement par les romantiques).

*Merci au travail réalisé par Nathalie Ronxin dans son dossier Générations Bach, dont cette partie reprend largement
le contenu.

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Portrait de compositeur : Jean-Sébastien Bach par Richard Dubelski

Le Concerto pour clavecin en Ré mineur BWV 1052

Composé entre 1738 et 1739, ce concerto présente trois mouvements (Allegro, Adagio et Allegro). Il est le premier des concertos pour clavecins de Bach, et certainement le plus
connu. A la fin des années 1720, Bach avait déjà écrit des versions de ces trois mouvements pour deux de ses cantates avec orgue obligatoire comme instrument soliste (Wir mussen durch viel Trubsal in das Reich Gottes eingehen BWV 146 et Ich habe meine Zuversicht BWV188). Comme les autres concertos pour clavecin, il s’agirait d’une transcription d’un concerto perdi composé à Cothen ou Weimar, dont l’instrument soliste à l’origine était certainement le violon.

1/ Allegro
L’Allegro initial débute par un tutti à l’unisson (tous les instruments jouent les mêmes notes). Ce thème va réapparaître tout au long de l’oeuvre et séparer les incursions du soliste.

Dans ces premières mesures, le thème est joué en homorythmie, verticalement, c’est à dire que tous les instruments jouent simultanément des valeurs rythmiques identiques. Quelques mesures plus tard, ce même thème réapparaît, mais cette fois dans une écriture horizontale en imitation. Les altos tout particulièrement reprennent la mélodie en décalage, (tandis que les violoncelles et la main gauche du claveciniste viennent en appui sur ses impulsions).

Le thème apparaît à diverses reprises dans ce mouvement, entre les incursions du soliste. Cette opposition assez tranchée entre les passages en tutti et ceux qui mettent en valeur le soliste est héritée du concerto pour instrument soliste italien. Le thème est joué une dernière fois à la fin du mouvement, à l’unisson et en tutti, comme au début.

2/ Adagio

Le mouvement lent de ce concerto, dans la tonalité de sol mineur, est construit sur une ligne de basse (d’abord exposée en tutti) qui va se répéter tout au long de la pièce. Le clavecin présente une mélodie avec de nombreuses ornementations.

Ornementations, musique et architecture**

On appelle ornementation en musique l’ajout de petites notes secondaires à une mélodie. Elles ont un rôle décoratif, leur fonction est d’embellir la mélodie (le terme italien est d’ailleurs abbelimenti, embellisements). En français, on les nomme aussi notes d’agréments ou fioritures, et ces notes sont souvent écrites dans une taille plus petite sur la partition. Dans l’Adagio du Concerto BWV1052 de Bach, la mélodie au clavecin présente de nombreux trilles (alternance rapide de deux sons voisins).

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Outre le trille, on peut trouver appoggiatures, tremolo, mordants ou autre gruppetto… La musique de la période baroque (1600-1750) raffole de ces ornements mélodiques. Un Traité d’ornementation en deux volumes est d’ailleurs publié par Car Philipp Emanuel Bach (troisième fils de Jean-Sébastien). Un parallèle peut être établi avec l’architecture, qui présente de nombreux styles ornementaux dans de nombreuses cultures du monde (arabe, celte, indienne, japonaise…).

 

L’architecture baroque, en intérieur comme en extérieur, foisonne de ces petites décorations (guirlandes de fruits, anges musiciens flottant dans l’espace, frises sculptées…).

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Ci-dessus une photo de l’intérieur de l’église Notre-Dame de l’Assomption, située à Valloire en Savoie.

Tout comme l’ornementation musicale vise la recherche du plaisir auditif, l’ornementation en architecture vise la recherche du plaisir, visuel cette fois, par la profusion d’éléments décoratifs. Voici pêle-mêle quelques exemples…

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Façade de l’Immeuble art nouveau situé au 29 avenue Rapp, proche de la Tour Eiffel, réalisée par Jules Lavirotte entre 1900 et 1901. On est loin d’une vision utilitariste de la porte (qui sert à entrer ou à sortir d’un espace). La porte et le bâtiment sont ici prétextes à une recherche de plaisir visuel esthétique (ornementations animales et végétales, courbes…).

 

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Arabesques de la mosquée Hassan-II de Casablanca (Maroc), conçue par l’architecte Michel Pinseau, inaugurée en 1993.

 

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L’exubérance de la façade de la Casa Batllo, à Barcelone, réalisée par l’architecte Antoni Gaudi, en verre, céramique et matériaux recyclés…

** Merci à mon frère Damien Crognier pour ses précieux conseils !

Concerto brandebourgeois n°5 en Ré Majeur , BWV 1050a

Les Six Concerts avec plusieurs instruments (que le musicologue Spitta baptise Brandebourgeois en 1880) sont dédiés au Margrave de Brandebourg, Marquis du Land de
Berlin et oncle du Roi de Prusse, rencontré en 1718 à l’occasion de la commande d’un nouveau clavecin pour la cour de Köthen. Recevant les concertos fin mars 1721, il ne semble pas s’émouvoir que son orchestre de six musiciens ne puisse les jouer (les n°5 et 6 exceptés) en raison de son effectif insuffisant. Bach anticipe tout reproche en rappelant qu’il lui avait été demandé deux ans auparavant quelques pièces de [sa] composition, sans précision.

Il est probable qu’il ait regroupé ces concertos pour obtenir un nouveau poste par l’entremise du Margrave : il désire en effet mettre un terme à ses fonctions à la cour de Köthen. La dédicace en français – la langue parlée à la cour de Berlin – est très flatteuse. On ignore si la partition est jouée par le Margrave et ses musiciens car elle ne comporte aucune annotation, et Bach n’est ni remercié, ni rétribué. L’œuvre est classée parmi des dizaines d’autres concertos de divers maîtres et pour divers instruments.

Le concerto brandebourgeois n°5 est le seul à être encore joué après la mort de Bach, et sa popularité ne s’est jamais démentie depuis.

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Pour consulter le guide d’écoute du Concerto brandebourgeois n°5 en Ré Majeur BWV 1050a, rendez-vous ici

Vous avez dit « clavecin »?

«Le clavecin a dans son espèce un brillant et une netteté qu’on ne trouve guère dans les autres instruments. Il est parfait quant à son étendue par lui-même », écrit François Couperin, qui lui a destiné 240 pièces…

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Fonctionnement :

Contrairement au piano, qui est un instrument à cordes frappées (appuyer sur la touche d’un piano commande un marteau de feutre qui vient frapper la corde), le clavecin est un instrument à cordes pincées. Un peu comme la guitare, à la différence que ce n’est pas l’ongle de l’instrumentiste qui pince la corde, mais un mécanisme appelé sauterau (schéma ci-dessous).

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Une petite histoire du clavecin : 

Si le clavecin apparaît dans les écrits scientifiques et dans l’iconographie dès le milieu du Xvème siècle, les premiers instruments connus datent du début du XVIème siècle. Venise a probablement été, à cette époque, le centre de fabrication le plus important d’Italie, et de nombreux clavecins venitiens circulent dans d’autres pays. Par la suite, au XVIIème et XVIIIème siècles, des clavecins sont aussi fabriqués en France, en Flandres, mais aussi en Allemagne ou en Angleterre. C’est l’âge d’or, la grande époque du clavecin, le répertoire de l’époque baroque (1600-1750) le porte à son apogée. Le clavecin est peu à peu délaissé au profit du piano-forte, qui a des possibilités plus expressives qui collent avec les aspirations romantiques. De plus, le clavecin est le symbole de l’Ancien Régime, et la Révolution de 1789 lui porte un coup fatal ! Le clavecin devient ainsi un instrument démodé, souvent relégué comme meuble décoratif… Il faut attendre la fin du XIXème siècle pour un renouveau de l’instrument. La pianiste Wanda Landowska y a beaucoup œuvré, en se consacrant aux œuvres de Bach, Couperin, Rameau ou Scarlatti au clavecin. Les compositeurs redécouvrent l’instrument et composent pour lui (De Falla, Poulenc…).

Facture italienne, facture flamande : 

La forme de la caisse permet souvent d’identifier l’origine de l’instrument. L’Italie produit souvent des instruments fins et allongés, souvent à un seul clavier, avec une éclisse (paroi incurvée) très étirée.

Ci-dessous un clavecin représentatif des grands clavecins venitiens du XVIème siècle (Giovanni Antonio Baffo, Venise, vers 1579, Collections du Musée de la Musique, Paris).
On trouve d’autres facteurs italiens connus comme Dominicus Pisaurensis ou Bartolomeo Cristofori.

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A l’opposé, les Flandres aiment des instruments solides, presque massifs, à l’ébenisterie plus épaisse. Les clavecins flamands sont plus lourds, la caisse souvent en tilleul ou en peuplier, la table d’harmonie en épicéa, et présentent un ou deux claviers. Un nom résume cette facture, celui de Hans Ruckers, représentant d’une dynastie qui domine la facture anversoise du clavecin.

Ci-dessous un clavecin à double clavier Ruckers de Belgique (datant de 1646).

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Facture française :

Peu d’instruments français antérieurs à 1650 sont parvenus jusqu’à nous. Dans le deuxième moitié du XVIIème siècle se développe une facture française, synthèse des écoles italienne et flamande. Citons Gilbert Desruisseaux (Lyon) ou encore Nicolas Dumont ou Michel Richard (Paris). Le clavecin atteint son apogée au XVIIIème siècle en France, les instruments se caractérisent par une caisse plus lourde, en tilleul, en peuplier ou en sapin.

Piste pédagogique

Comparer deux versions de la pièce Le rappel des oiseaux de Jean Philippe Rameau

Version clavecin par Scott Ross

Version piano par Alexandre Tharaud