Ludwig van Beethoven
(1770-1827)
Symphonie n°3 “Héroïque” en mi bémol majeur op.55
Date de composition : fin de l’année 1803
Date de création : 7 avril 1805 au Theater an der Wien (une première exécution en partie privée avait été donnée trois mois plus tôt à l’Hôtel particulier du dédicataire, le Prince Lobkowitz).
Quatre mouvements
I. Allegro con brio
II. Marcia funebre, allegro assai
III. Scherzo, allegro vivace
IV. Allegro molto
En 1802, Beethoven n’avait pas encore achevé sa Seconde Symphonie lorsque se déroula l’épisode du Testament d’Heiligenstadt. Le musicien envisagea le suicide après avoir constaté l’évolution inexorable de sa surdité. Il dépassa la crise puis se passionna pour les évènements parisiens qui, après avoir bouleversé l’Europe des monarchies, installèrent bientôt l’Empire.
En effet, après avoir écrasé les dernières troupes royalistes en 1795, Bonaparte fut considéré comme le sauveur des idéaux de la Révolution française. En 1799, il devint Premier consul pour une période de dix ans. Magnifiées dans toute l’Europe, ses victoires en Italie furent comparées au culte antique de Prométhée. Beethoven évoqua la possibilité de venir s’installer à Paris, la ville où triomphait la Liberté… La dédicace de la nouvelle symphonie prit toute sa signification : « Intitulata Bonaparte ». Ferdinand Ries (1784-1838) affirma plus tard qu’il avait été auprès de Beethoven, le messager de la nouvelle terrifiante : après un referendum, Bonaparte était devenu l’empereur des Français ! Beethoven raya la dédicace avec tellement d’énergie qu’il fit un trou dans le papier. Puis, il écrivit : « Symphonie pour célébrer le souvenir d’un grand homme ». Il dédia la partition au prince Franz Joseph Maximilian Lobkowitz (1772-1816).
Si les hommes changent parfois, la symphonie avait préservé son idéal de grandeur et de liberté, de l’élan des premières pages à la marche funèbre symbolisant la fin du régime monarchique et l’espoir d’un monde meilleur. Les prises de position philosophiques de Beethoven ne peuvent expliquer à elles seules l’originalité de l’œuvre. Dès les premières mesures, elle offre une impression d’individualité et de puissance, révolutionnant le langage de l’orchestre et de la forme symphonique. Elle s’affranchit des normes classiques, des influences de Mozart et de Haydn encore si notables dans les deux premières symphonies. Avec ses 2325 mesures, la Symphonie en mi bémol majeur est la plus vaste du cycle des neuf symphonies à l’exception de la Neuvième.
Le premier mouvement, Allegro con brio en mi bémol majeur, causa un véritable choc lors de la création au Theater an der Wien. Le public et la presse goûtèrent peu de telles dissonances comme l’écrivit un chroniqueur viennois : « Avec un sentiment désagréable de fatigue, terrassé par une foule d’idées incohérentes et démesurées par le tumulte continuel de tous les instruments. Le public et Monsieur van Beethoven qui dirigeait en personne n’étaient pas contents l’un de l’autre ce soir-là…».
La Marche funèbre, allegro assai en ut mineur, joue à la fois sur un motif lancinant et sur les timbres du hautbois et du cor qui rappellent le passage de la Mort de Prométhée, extrait du ballet Les Créatures de Prométhée (1801). Ce mouvement de toutes les audaces, de tous les excès (le célèbre chef Hans von Bülow enfilait des gants noirs pour jouer cette page) doit être maîtrisé dans le tempo indiqué.
Le Scherzo, allegro vivace, revient à l’emploi caractéristique des motifs rythmiques de Beethoven, resserrés, denses, parfois ironiques. Cette course fougueuse, redoutable pour les cordes, joue sur des tensions incessantes. Le trio central confié aux cors introduit un espace de répit.
Le scherzo ne fait qu’annoncer le finale, Allegro molto en mi bémol majeur. Composé également dans l’esprit du finale des Créatures de Prométhée, il offre une série de variations à partir de cellules rythmiques et mélodiques. L’allure est conquérante et jubilatoire.