Ludwig van Beethoven
(1770-1827)
Quinze variations et une fugue en mi bémol majeur op.35 “Variations Eroica”
Date de composition : été 1802
Date de création : probablement à la fin de l’année 1802
15 Variations et une fugue enchainées
Si le thème original des précédentes variations que nous avons entendues au début du concert provenait de Haendel, il en va différemment des Quinze Variations et une fugue sous-titrée Eroica. En effet, leur thème provient du final de la musique du ballet, les Créatures de Prométhée. Cette musique date 1801 et il faut ajouter aussi le souvenir de l’une des 12 Contredanses pour orchestre WoO14 composées la même année. Enfin, le titre Eroica – ou Variations héroïques – fut attribué ultérieurement. Beethoven ne l’utilisa pas pour cette œuvre, mais en sous-titre de la Symphonie n°3… dans laquelle, il reprit le thème de ses variations. De fait, ces dernières ont été désignées rétrospectivement « Eroica », un argument de vente intéressant que ne négligea pas l’éditeur de la partition…
L’écriture de Beethoven est une fois encore expérimentale. L’idée même de la pièce lui fut soufflée par son ami, le compositeur Anton Reicha (1770-1836) qui avait passé quelques années à Paris. Lui montrant ses propres fugues, il donna à Beethoven, l’idée de relever un nouveau défi. Il se concentra tout d’abord sur la fugue, voulant ainsi approfondir l’écriture du contrepoint. De fait, tout au long de ces variations, on retrouve divers hommage à Jean-Sébastien Bach. C’est le cas, par exemple, de la septième « Canone all’ottava », d’une rigueur digne du Clavier bien tempéré. Il est étonnant de penser que Beethoven, musicien révolutionnaire s’il en est, s’appuie souvent sur les formes anciennes et plus particulièrement sur la fugue à chaque fois qu’il repousse les limites de l’écriture musicale.
L’unité de ces variations est assurée par la structure harmonique, mais aussi par quelques motifs issus du thème. Celui-ci et spécifié Introduzione col Basso del Tema. Toute l’œuvre se construit sur ce cadre avec une progression en accélération, une multiplication des ornements, une ouverture du piano (pianoforte) à ses extrêmes. Les variations multiplient les possibilités sonores au sein d’une véritable narration. Beethoven utilise toutes les formes et genres de son temps comme les Ländler, ces danses allemandes, mais aussi l’accompagnement d’airs imaginaires. Il n’hésite pas à jouer sur les dissonances, à multiplier les contrastes, à suggérer l’esprit de la fantaisie, c’est-à-dire de la plus grande liberté qui soit. La fugue conclusive est une véritable apothéose, le prélude à la Symphonie n°3 dont la composition a déjà débuté.
Le comte Moritz von Lichnowsky qui était un ami et mécène de Beethoven fut le dédicataire de la partition.