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Quintette pour piano et cordes en sol mineur op.57 – Dimitri Chostakovitch

 

Dimitri Chostakovitch

Quintette pour piano et cordes en sol mineur op.57

 

Date de composition : été à septembre 1940

Date de création: 23 novembre 1940, dans la Petite salle du Conservatoire de Moscou, par le Quatuor Beethoven et le compositeur au piano.

 

Cinq mouvements

I. Prélude (lento)

II. Fugue (adagio)

III. Scherzo (allegretto)

IV. Intermezzo (lento – appassionnato)

V. Finale (allegretto)

 

C’est à la demande du Quatuor Beethoven, prestigieux ensemble créée en 1923 et destiné à porter « la voix » du Conservatoire de Moscou, que Chostakovitch composa son Quintette pour piano et cordes. La création de l’œuvre en 1940 fut pour le Quatuor Beethoven, le prélude à de nombreuses dédicaces ultérieures. Ainsi, l’un des deux plus importants cycles de quatuors du 20e siècle (on songe ici bien évidemment à Béla Bartok) fut en grande partie créé par les mêmes musiciens qui, jusqu’en 1973, s’attachèrent à promouvoir l’œuvre de Chostakovitch. Sous leurs archets virent le jour le Trio n°2 ainsi que les Quatuors n°2 à 14 ! Le compositeur disparut en 1975, l’année que choisirent les membres de cette formation pour arrêter leur carrière.

L’idée première des Beethoven était de jouer le Quintette en sol mineur dans le cadre de tournées organisées dans toute l’URSS avec le compositeur au piano. Serge Prokofiev, Aram Khatchaturian, David Oïstrakh, Heinrich Neuhaus, Maria Yudina notamment, assistèrent à la création de l’ouvrage, le 23 novembre 1940. Il laissa une impression profonde sur l’auditoire, interpellant également chacun des auditeurs sur le contexte politique et international de l’époque…

Pour comprendre la genèse de l’ouvrage, il est essentiel de rappeler que Chostakovitch avait commencé une carrière de pianiste concertiste. Ses premières œuvres composées à l’issue du Conservatoire soulignèrent à la fois les influences de son éducation musicale classique, mais également son intérêt pour les harmonies de Mahler et de Scriabine, ainsi que son admiration pour le travail rythmique de Prokofiev. Elles firent sensation et marquèrent le début de sa reconnaissance internationale. Le succès retentissant de la Symphonie n°1 (1926) ne signifia pas pour autant une manne financière ! Chostakovitch fut contraint dans l’URSS de Staline d’accompagner au piano les films muets pour survivre. Il ne se doutait pas que ce travail purement alimentaire allait influencer l’ensemble de sa production musicale.

 

Dès ses premières partitions pour piano puis de musique de chambre, l’écriture de Chostakovitch est immédiatement reconnaissable par son caractère rhapsodique, ses changements incessants de rythmes grâce à l’emploi de petits motifs. Par la suite, les influences des danses bartokiennes, du néoclassicisme stravinskien imprimèrent également leur marque. Malgré une place de finaliste lors du premier Concours Chopin de Varsovie en 1927, Chostakovitch resta lucide ; il savait qu’il n’atteindrait jamais la notoriété de ses confrères, Vladimir Sofronitzky et Maria Yudina, sans parler des pianistes compositeurs qui choisirent définitivement ou momentanément l’exil comme Serge Rachmaninov et Serge Prokofiev.

Par ailleurs, Chostakovitch souffrait non seulement du trac mais aussi de problèmes d’articulation des doigts. Au fil des ans, le répertoire classique du concertiste disparut de ses programmes. Il n’interpréta plus que ses propres compositions souvent préparatoires aux productions symphoniques ultérieures. Il s’enferma dans son univers sonore avec d’autant plus de facilité que la censure du régime s’accentua. Le piano tout comme la musique de chambre devinrent le refuge d’une expressivité du désespoir.

Au cours des années trente, Chostakovitch abandonna le piano. Il n’y revient qu’en 1943, en livrant sa « sonate de guerre », à l’instar de Prokofiev avec ses trois gigantesques opus, les Sonates n°6, 7 et 8.

Composé entre l’été et le mois de septembre 1940, le Quintette pour piano fut une magnifique réussite… des musiciens du Quatuor Beethoven ! En effet, ils réussirent à convaincre le compositeur de revenir à l’écriture pour le clavier. Grâce au succès de cette partition, Chostakovitch reçut le Prix d’État Staline de Première classe, doté d’une somme de 100.000 roubles…  Une somme qu’il offrît aussitôt à des musiciens nécessiteux !

 

Dans les deux premiers mouvements (un prélude suivi d’une fugue), Chostakovitch rend autant hommage à l’écriture européenne classique qu’à l’harmonie slave. Le thème du prélude et de la fugue se développe en une suite de variations débutées par un solo du piano ponctué de petites cellules de trois notes. Le mouvement esquisse la tonalité de sol majeur que l’on retrouvera en pleine lumière à la fin de l’œuvre. L’adagio est une fugue à quatre voix confiée aux cordes. L’intensité ne cesse de croître lors de chaque entrée du piano.

 

Le troisième mouvement prend l’allure d’un scherzodes plus sardoniques. Conçu dans l’esprit du perpetuum mobile, il associe des thèmes simples qui oscillent entre des couleurs vaguement hispanisantes et des ostinatos caractéristiques de son œuvre symphonique. Cette page rappelle les grincements effrayants de l’Age d’Or (1929), puis du Premier Concerto pour piano (1933) lorsque le premier violon, relayé par le piano, entame une danse macabre.

 

L’Intermezzo (lentoappassionato) est la partie la plus sombre et introvertie de l’ouvrage. Le chant du violon exprime un sentiment de solitude sur une basse obstinée.

 

Le finale (allegretto) s’achève dans une conclusion qui semble heureuse. La forme « classique » est en effet strictement respectée. Toutefois, derrière cet élan positif, mais en réalité de façade, la tension dramatique et les acidités triviales du scherzo demeurent encore perceptibles. À l’évidence, la partition demeure avant tout autobiographique.