Dimitri Chostakovitch
(1906-1975)
Concerto pour piano et orchestre en fa majeur n°2 op. 102
Date de composition : 1957
Date de création: 10 mai 1957 par l’Orchestre symphonique d’URSS dirigé par Nikolaï Anosov. Le soliste était Maxim Chostakovitch auquel le concerto est dédié et qui fêtait, ce jour-là, ses 19 ans.
Trois mouvements
I. Allegro
II. Andante
III. Allegro
Chostakovitch ne marqua jamais un intérêt excessif pour la forme concertante, se contentant à chaque fois et parfois sous l’emprise de prestigieux solistes, de ne composer que deux partitions dans chaque genre : deux concertos pour pianos, deux autres pour le violon et enfin deux opus pour le violoncelle.
Le Premier Concerto pour piano, trompette et orchestre à cordes en ut mineur op.35 (1933) est déjà l’œuvre d’un maître dont l’écriture s’inscrit avec humour dans le néoclassicisme de l’époque. Par ailleurs, la partition avait été pensée pour servir également la carrière naissance du jeune pianiste Chostakovitch, l’un des lauréats du premier Concours Chopin de Varsovie, en 1927 !
Si le modèle classique (vif – lent – vif) est encore d’actualité lors de la création du Second Concerto pour piano, le regard du compositeur a radicalement changé. Les purges du régime soviétique, la terreur, les renoncements, l’enfermement dans une politique culturelle figée ont épuisé l’artiste. Il dédia le nouveau concerto à son fils, Maxim qui devint par la suite, chef d’orchestre.
L’œuvre est comme beaucoup d’autres, dans la production de Chostakovitch, une parenthèse dont on décèle sans peine les éléments autobiographiques. Un instant de paix, une respiration qui se tourne de manière désuète vers l’expression romantique. Pourtant, la simplicité de la pièce et la beauté sobre du second mouvement, ne doivent pas tromper l’auditeur même si la lettre que Chostakovitch écrivit à l’un de ses collègues, le jeune Edison Denisov, parait sans appel : « Je compose mal. Je viens de terminer un concerto pour piano qui ne possède pas la moindre valeur esthétique et intellectuelle ».
Le premier thème de l’Allegro est d’une grande banalité, une sorte de sautillement et de rengaine qui prend subitement son élan. Avec la caisse claire, la mélodie enfantine prend l’allure d’un chant militaire, annonciateur de victoires faciles. La douceur amère si caractéristique de l’œuvre du musicien est tout entière dans ce défilé de soldats de plomb. Les accords puissamment assénés ne peuvent empêcher l’auditeur de ressentir le malaise d’un autre Chostakovitch, qui cache sa vraie nature.
L’Andante avec sa mélodie d’une étrange beauté démontre une fois de plus que Chostakovitch possédait une signature reconnaissable, y compris dans les pages les plus simples. Ici, il ferait référence à la fois à Beethoven (le Concerto l’Empereur), mais aussi à Chopin et Tchaïkovski. C’est assurément du « néo », du « post », du pastiche et de la révérence, de l’attendrissement feint et… de l’émotion sincère.
Le finale, Allegro est, lui aussi, teinté du souvenir de la jeunesse. Les traits précipités, sorte de pastiches d’exercices de virtuosité possèdent une exubérance presque dérangeante tellement le propos apparaît décalé avec les partitions de la même époque, en l’occurrence la Onzième Symphonie « L’Année 1905 ». Maxim Chostakovitch s’exprima à ce sujet : « Le concerto se termine par un mouvement final vaporeux et allant en crescendo, auquel sont incorporés avec finesse quelques fragments des exercices pour étudiants d’Hanon ».