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L’Oiseau de feu (version de 1919) – Igor Stravinsky

Igor Stravinsky

(1882-1971)

L’Oiseau de feu (version de 1919)

 

Date de composition du ballet : 1910, achèvement du ballet, le 18 mai. 1911, première suite de concert. 1919, deuxième suite de concert composée à Morges, en Suisse. 1945, troisième suite de concert.

Date de création du ballet : 25 juin 1910 à l’Opéra de Paris. Création de la suite de 1919, le 12 avril 1919 au Victoria Hall de Genève par l’Orchestre de la Suisse Romande dirigé par Ernest Ansermet.

 

I. Introduction

II. L’Oiseau de feu et sa danse ; variations de l’Oiseau de feu

III. Ronde des princesses

IV. Danse infernale de Kastcheï

V. Berceuse et finale.

 

« Je pensais déjà à L’Oiseau de feu en automne 1909 alors que je quittai Oustiloug pour Saint-Pétersbourg, bien que je ne fusse pas certain d’en recevoir commande […]. Je me rappelle du jour où Diaghilev me téléphona pour me dire que je pouvais commencer la composition, je lui répondis que j’étais déjà à l’œuvre ». Cette citation prise dans l’autobiographie Chroniques de ma vie de Stravinsky (elle parut en deux volumes en 1935 et 1936 chez Denoël-Gonthier) évoque les circonstances de la composition d’une des œuvres majeures du XXe siècle. La vérité est toutefois un peu différente car Stravinsky s’attribue – comme bien souvent – le « beau » rôle. En réalité, L’Oiseau de feu est né d’une commande de Serge de Diaghilev (1872-1929), mécène, fondateur et directeur des Ballets Russes. Celui-ci avait pris contact avec le jeune Stravinsky, suite aux refus consécutifs d’Anatol Liadov (1855-1914) et d’Alexandre Glazounov (1865-1936) !

 

Diaghilev tenait à ce que la légende de L’Oiseau de feu soit mise en musique car il avait conscience de la qualité de l’argument. Le livret du ballet présente en réalité deux légendes, celle de Kastcheï et de L’Oiseau de feu qui, réunies, composent ainsi un nouveau conte.

Le danseur et chorégraphe Michel Fokine (1880-1942) fut le librettiste de partition. Dans ses Mémoires, Stravinsky contesta l’importance de la collaboration de Fokine… Malgré l’amertume des uns et des autres, la musique démontre à quel point la légende du redoutable magicien Kastcheï et du tsarévitch Ivan fonctionne à merveille. Résumons les grandes lignes de l’action : L’Oiseau de feu est poursuivi par le tsarévitch jusque dans le domaine du magicien Kastcheï. Pour le punir, ce dernier veut changer le tsarévitch en pierre. Treize princesses le sauvent et l’oiseau de feu dissipe le mauvais sort. Kastcheï meurt, son château disparaît et tous peuvent s’emparer des fruits du jardin du magicien.

Les influences combinées de l’écriture de Shéhérazade et du Coq d’or de Rimski-Korsakov (1844-1908) irriguent le ballet de Stravinsky. Il se souvient des leçons d’orchestration de son professeur dont il suivit les cours entre 1902 et 1908. Bien que le matériau harmonique annonce déjà les deux ballets suivants, Petrouchka (1911) et le Sacre du printemps (1913), la rapidité de l’évolution de l’écriture de Stravinsky depuis son Scherzo fantastique (1907) est stupéfiante. Elle synthétise dans une même pensée musicale, le style folklorique diatonique, les gammes exotiques et le chromatisme. Tradition russe et langage harmonique contemporain offrent les couleurs d’un tableau féerique fascinant.

 

Achevée le 18 mai 1910, la partition fut créée quelques jours plus tard, le 25 juin 1910, à l’Opéra de Paris. Avec son ironie coutumière, le compositeur relata le climat tendu des répétitions : « Mon excitation fut cependant quelque peu modérée lors de la première représentation, car la musique et le jeu scénique semblaient porter le cachet “Pour exportation de Russie” […]. J’étais aussi dépité de découvrir que mes remarques sur la musique n’avaient pas de valeur d’oracle et le chef d’orchestre, Gabriel Pierné, m’exprima devant tout l’orchestre son désaccord. J’avais écrit « non-crescendo », annotation assez fréquente dans la musique des cinquante dernières années, mais Pierné me lança : Jeune homme, si vous ne voulez pas un crescendo, renoncez à composer ».

Les représentations du ballet furent triomphales et permirent à l’auteur d’être considéré comme un artiste de premier plan par Debussy, Ravel, de Falla, Schmitt, Satie, mais aussi Puccini, Casella, Proust, Giraudoux, Claudel… Pour Diaghilev, ce fut un succès prodigieux et le début de la reconnaissance internationale de ses Ballets russes.

En se basant sur le matériel du ballet, Stravinsky réalisa une première suite de concert en 1911, très proche de l’orchestration initiale. Elle préserve un orchestre imposant avec les bois par quatre. Une seconde suite, celle que nous entendons ce soir, fut réalisée en 1919. Elle est moins fournie sur le plan instrumental notamment dans les pupitres des bois. Puis, en 1945, Stravinsky réalisa une troisième suite, encore plus modeste. Les deux dernières versions furent entreprises afin de préserver les droits éditoriaux qui avaient été confisqués par le régime soviétique.