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Concerto pour saxophone et orchestre “Tracks in the Orbit” – Luke Styles

Luke Styles  

(1982)

Concerto pour saxophone et orchestre “Tracks in the Orbit” (création française)

 

Date de composition : 2022, commande de l’Orchestre national du pays de Galles de la BBC, de l’Orchestre symphonique de Tasmanie.

Date de création : 22 avril 2022 au BBC Hoddinott Hall de Cardiff. Avec en soliste, le saxophoniste Iain Ballamy et sous la direction de Fiona Monbet. Le concerto est dédié à Ian Ballamy.

 

I. The Mill

II. Devotional

III. Whirlpool

 

Formé à la Royal Academy of Music de Londres, Luke Style a également étudié auprès de George Benjamin et Wolfgang Rihm. Ce compositeur britannique et australien a vu ses œuvres créées sur les plus grandes scènes internationales, notamment à Glyndebourne, au Royal Opera House de Covent Garden ainsi qu’au Wigmore Hall. De nombreux ensembles et orchestres lui ont passé des commandes. Luke Styles multiplie les expériences musicales, collaborant avec des danseurs, des artistes de cirque, mais aussi composant des musiques pour des films muets. Enfin, il assure la direction artistique du Deal Festival au Royaume-Uni.

 

Comment est né ce concerto et quelle place tient-il au sein de votre catalogue ?

Je viens du jazz et au fil du temps, j’ai de plus en plus collaboré avec des ensembles de la musique ancienne, de la Renaissance au baroque. Le continuo pratiqué à cette époque a rejoint le jazz que je joue également à la basse. Les liens entre ces deux univers sont patents puisque la source même de la musique ancienne et baroque est l’improvisation ! C’est la raison pour laquelle le saxophoniste Iain Ballamy qui joue ce concerto, connaît d’autant mieux ces univers qu’il est lui-même compositeur. Travailler avec lui allait donc de soi.

La seconde raison qui m’a incité à composer cette pièce est la lecture du livre anglais Hamlet’s Mill – Le Moulin d’Hamlet : la connaissance, origine et transmission par les mythes. Il s’agit d’un essai publié en 1969 par deux historiens des sciences, Herta von Dechend et Giogio de Santillana [dans leur ouvrage, ils développent une interprétation astronomique des mythes. Ils soutiennent la thèse d’une découverte préhistorique du phénomène de la précession des équinoxes (le décalage progressif de la direction où sont vues les étoiles, d’un siècle à l’autre, à raison d’une rotation complète tous les 26000 ans !). Une découverte qui aurait été effectuée bien avant celle de l’astronome et mathématicien grec Hipparque qui vécut entre 147 et 127 av. J.-C. ndlr.]. D’une période à l’autre de l’Histoire humaine et au croisement de plusieurs cultures, cet ouvrage fut une grande source d’inspiration. Le deuxième mouvement, Devotional, rend hommage à Olivier Messiaen dont la musique est portée par une si grande foi et spiritualité, mais aussi au jazzman et compositeur américain Herbie Hancock.

Pourriez-vous définir les esthétiques qui se croisent dans cette pièce et, plus largement, dans votre musique ?

Je ne pense pas me revendiquer d’une esthétique en particulier. Mais, il est vrai que j’ai été influencé par les écritures de mes deux professeurs, Wolfgang Rihm en Allemagne et George Benjamin en Angleterre. Ce dernier étudia après de Messiaen. Ma musique est avant tout portée par l’harmonie classique et celle du jazz depuis mon adolescence. J’ajouterais aux noms du jazz, ceux de György Ligeti, Luciano Berio et Igor Stravinsky. De fait, je suis venu à la musique contemporaine par le jazz.

Au début de la composition, aviez-vous déjà une idée précise du plan de l’œuvre, de son développement et de la narration que vous souhaitiez animer ?

Il n’y a pas de narration sans personnages ! Le Moulin d’Hamlet structure l’évolution de la partition et le mouvement central, Devotional est clairement une prière avec le développement d’un Cantus Firmus [ dans la musique médiévale, il s’agit d’une mélodie autour de laquelle tout s’ordonne, ndlr ]. Le finale est en revanche, une danse de plus en plus pulsée, comme la sortie d’un trou noir.

Quelle est la place de l’improvisation dans votre concerto ?

Dans chaque mouvement, des endroits sont spécifiés comme devant être improvisés par le soliste. Avant le deuxième mouvement, il y a une grande cadence dans laquelle le saxophone peut improviser aussi longtemps qu’il le souhaite.

Est-ce que ces moments d’improvisations influencent, paradoxalement, l’interprétation de l’orchestre, qui est entièrement écrite ?

En effet. Dans le deuxième mouvement, cette influence est patente. Elle l’est moins dans les premier et troisième mouvements car les tempos sont stricts, les dialogues clairement définis entre l’orchestre et le saxophone. Sur le plan de l’orchestration, certains passages dans le finale peuvent faire songer à l’esprit du concerto grosso, c’est-à-dire au dialogue entre divers groupes d’instruments, notamment entre les percussions et le soliste. D’autres passages empruntent vraiment au jazz avec des pizzicati aux contrebasses, par exemple ou bien lorsque les lignes mélodiques s’apparentent à des arias pour le saxophone avec un accompagnement de cordes.