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Concerto pour saxophone et orchestre “Rupture(s)” – Guillaume Saint-James

Guillaume Saint-James

(1967)

Concerto pour saxophone et orchestre “Rupture(s)” (création mondiale)

 

Date de composition : 2025

Date de création : 23 janvier 2026, Couvent des Jacobins, à Rennes. Commande de l’Orchestre National de Bretagne.

 

Quatre mouvements enchaînés et sans titre

 

 

Depuis 2014, les œuvres du saxophoniste et compositeur Guillaume Saint-James sont régulièrement programmées à l’Orchestre National de Bretagne. Plusieurs de ses partitions ont rendu divers hommages, soit à des évènements extraordinaires, soit à des personnages. Il en va différemment de Rupture(s), concerto pour saxophone et orchestre que nous entendons en première mondiale.

 

Quelle est la genèse de ce concerto pour saxophone et de son titre énigmatique “Rupture(s)” ?

 

L’idée m’est venue précisément pour ne plus faire référence à un évènement en particulier, notamment lié à l’Histoire. Je me suis intéressé à la notion de rupture(s) au singulier et au pluriel. Comment les traiter dans un concerto pour saxophone ? De quelles ruptures s’agit-il ? Le sujet est infini sur le plan esthétique : tonalité, atonalité, harmonie, dissonance, écriture et improvisation… J’aime ce qui est à la limite des choses, des courants, des écoles, des “possibles”…

 

Est-ce que chaque mouvement du concerto porte une série de ruptures à part entière ou bien est-ce que l’ensemble du concerto est une seule et même évocation des ruptures ?

 

La seconde solution, assurément ! Les césures ne sont que des césures et les mouvements enchaînés sont comme des univers liés les uns aux autres. Les ruptures esthétiques sont aussi humaines.

 

Comment cela ?

 

Je déstructure, décompose les thèmes à la manière d’un divorce ! Cela implique une partition assez chargée sur le plan orchestral et l’apparition, dans chaque mouvement, d’improvisations plus ou moins marquées du soliste. De fait, chaque interprétation future sera unique.

Le premier mouvement travaille sur la notion de rupture avec la carrure musicale, la mesure. Un thème revient tout le temps : il est saccadé, obsédant, proche de la musique répétitive tout en étant un blues. Certains y verront un clin d’œil à Thelenious Monk. Au milieu de ce mouvement, un passage improvisé offre une détente. Mais avec l’orchestre, le soliste engage des dialogues permanents souvent au bord de la… rupture.

Le deuxième mouvement a l’allure d’une sorte de scherzo si je devais le définir en un terme “classique”. A l’orchestre, l’esprit est celui de la ballade, mais prête à rompre. J’ai emprunté le thème Giant Steps, que le saxophoniste de jazz John Coltrane enregistra en 1959. J’ai voulu déconstruire ce thème puis le reconstituer progressivement. De fait, il apparaît intact à la fin de cette partie.

Le troisième mouvement est celui de la rupture sentimentale. Il est exposé dans les graves et je change d’instrument en passant du saxophone soprano au ténor. L’écriture traduit une forme de nostalgie, de tristesse.

Le quatrième et dernier mouvement revient à une idée très entêtante, mais nullement liée à la métrique. Il s’agit d’une thématique nouvelle qui conduit l’orchestre au bord de la rupture.

 

Est-ce que certains pupitres de celui-ci sont particulièrement sollicités ? 

 

En effet, les percussions. Le vibraphone et le marimba ont une place importante dans cette partition.

 

Finalement, Rupture(s) serait bien davantage qu’un concerto…

 

C’est une expérience immersive, une exploration des zones de conflit entre l’ordre et le chaos, la stabilité et la déstabilisation. C’est un voyage où chaque instant peut basculer ou chaque rythme porte en lui, le potentiel d’une rupture, prête à redéfinir l’équilibre du monde sonore.