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An American in Paris – George Gershwin

George Gershwin

(1898-1937)

An American in Paris

 

Date de composition : 1928

Date de création : 13 décembre 1928 au Carnegie Hall par l’Orchestre symphonique de New York dirigé par Walter Damrosch (quelques jours plus tard, l’orchestre allait fusionner avec le Philharmonique de New York).

 

Grâce à George Gershwin, compositeur d’origine russe (de son vrai nom Gersjovits), c’est la première fois au 20e siècle que la musique “classique” ou plus exactement savante et de tradition écrite côtoie aussi délicieusement le jazz, musique en revanche d’improvisation et de transmission orale. Pianiste, improvisateur et mélodiste de génie, Gershwin est aussi un artiste autodidacte dont la culture musicale classique est restreinte. Il abolit toutefois les frontières entre les genres en créant ce que l’on nomme de manière impropre, le jazz symphonique. En effet, ce n’est assurément pas du jazz, mais les œuvres que nous entendons sont entrées dans le répertoire des grands orchestres.

 

Contrairement à ce que l’on imagine, la découverte de la musique de Gershwin n’allait pas de soi pour le public Américain des concerts classiques. Réputé conservateur, pressé d’accueillir les plus grands interprètes européens, celui-ci attendait la fondation d’un répertoire authentiquement américain. Le public découvrit avec étonnement le programme du concert rédigé par le compositeur lors de la création de l’ouvrage : « Présenter les impressions d’un américain visitant Paris, tandis qu’il se promène dans la ville, prête attention aux bruits des rues et s’imprègne de l’ambiance parisienne ». Vu du côté européen, cette description nous paraît d’autant plus savoureuse que la musique d’un Américain à Paris symbolise à merveille la vie fébrile de New York ! Plus encore, dans une interview accordée à la revue Musical America, Gershwin évoqua la première partie de l’œuvre comme « étant développée dans un style typiquement français, à la manière de Debussy et du Groupe des Six » !

Un Américain à Paris est la première grande partition de Gershwin dont l’orchestration soit entièrement de sa main, contrairement à la Rhapsodie in blue de 1924 dont la mise en forme finale avait été confiée au compositeur Ferde Grofé (1892-1972), auteur de la célèbre Grand Canyon Suite.

 

La promenade “parisienne” à laquelle nous convie Gershwin se déroule le long des boulevards. Elle suggère le bruit de la circulation – l’emploi de trompes d’automobiles est fortement conseillé (Gershwin recommandait l’utilisation de quatre klaxons de taxis parisiens) – mais aussi la description des flâneries devant de luxueuses vitrines, l’écoute de rengaines populaires, l’égarement dans la circulation, la rencontre fortuite d’un ami… Magistralement structurée comme s’il s’agissait du synopsis d’un film, la partition laisse en revanche toute liberté aux solistes de l’orchestre. Il leur faut démontrer leur personnalité avec le plus grand engagement. Les vents et tout particulièrement les cuivres ainsi que l’importante percussion rivalisent de virtuosité, de souplesse et d’impact sonore.

La dimension symphonique de la pièce s’estompe progressivement au profit d’un gigantesque ballet que Fred Astaire et Leonard Bernstein adoraient. Tout comme la Rhapsodie in blue qui ne correspond pas exactement aux critères “classiques” du concerto, Un Américain à Paris n’est ni un poème symphonique ni une ouverture de concert. Les Américains comprirent qu’en la personne de Gershwin, ils avaient trouvé l’un des fondateurs d’une nouvelle écriture symphonique, un musicien susceptible d’imaginer des alliages sonores et des formes musicales inédites. Charles Ives, déjà, et bientôt Aaron Copland et Leonard Bernstein allaient confirmer quelques années plus tard la singularité de cette culture.