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Julie Boulianne, soprano
Malcolm Martineau, piano
Récital
L’artiste québecoise a été accueillie à plusieurs reprises en récital et sur les scènes lyriques françaises. Aujourd’hui, Julie Boulianne nous offre un voyage musical des plus originaux, associant Lieder allemands, mélodies françaises et d’Amérique du Sud… une passion qu’elle nous fait partager.
Quel serait le fil conducteur entre toutes ces mélodies aux esthétiques si diverses ?
Le programme s’est constitué au bout de plusieurs mois de réflexion. Il associe des pièces non seulement très variées, mais aussi alternant entre compositeurs et compositrices. J’ai développé cette idée et imaginé un parcours artistique loin des grands cycles romantiques habituels. Les esthétiques et les thèmes souvent proches se répondent. Par exemple, avec Robert et Clara Schumann – qui mettent en musique tous deux, la fleur de lotus – j’intercale le lied Ständchen de Brahms. Je joue d’un trio amoureux bien étrange jusque dans ce lied qui évoque deux amants qui s’embrassent dans un parc…
Le répertoire viennois que j’aborde est tout aussi si riche et aux atmosphères contrastées. Le troisième groupe de pièces comprend beaucoup de mélodies françaises, d’abord parce que je suis francophone, mais aussi parce que le thème des lettres m’intéressait. Autant d’associations musicales qui s’achèvent en Amérique latine avec des mélodies d’une grande beauté, à la fois de l’Argentin Carlos Guastavino et de la compositrice mexicaine Maria Grever. Nulle raison de s’ennuyer !
Est-ce que le fait de choisir cette alternance entre compositeurs et compositrices n’incite pas aussi à se demander si telle ou telle pièce correspondrait davantage à une expression féminine ou masculine ?
Le choix des poèmes incite parfois penser que telle ou telle partition est plutôt de la plume d’une compositrice que d’un compositeur. C’est le cas, par exemple, avec la mélodie Mots d’amour de Cécile Chaminade. Sur le plan littéraire, la perception et l’évocation des sentiments amoureux sont portées par une grande féminité chez Alma Mahler. Die stille Stadt traduit à l’évidence une expression maternelle.
Est-ce que cette distinction se ressent aussi dans le choix des harmonies, certaines compositrices jouant d’une grande complexité d’écriture ?
A leur époque, les compositrices tenaient à prouver leur valeur et relevaient le défi de s’imposer dans un milieu qui les ignorait. Ce peut-être l’une des raisons d’une certaine complexité de leur écriture. Chez Alma Mahler et Lili Boulanger, la recherche harmonique – la musicienne française est profondément attirée par le raffinement des timbres chez Debussy – est remarquable. J’ai d’ailleurs associé ses mélodies avec celles de Francis Poulenc dont le côté “cabaret-jazzy” produit un contraste des plus étonnants !
Intéressons-nous aux langues et plus précisément à celles du lied allemand et de la mélodie française : qu’est-ce qui différencie ces deux univers en dehors même des esthétiques de chaque compositeur ?
Le lied allemand et la mélodie française reposent sur deux perceptions différentes de leur littérature nationale et de la structure même des deux langues. Ce sont certes des généralités et on trouvera de nombreux exemples qui contredisent cela, mais je crois que plus souvent, le lied allemand quête les atmosphères qui organisent une narration. Les textes passent, parfois, au second plan. Dans la mélodie française et grâce à une âme nationale avant tout littéraire, le chant propre au texte, souvent de grande qualité, est magnifié par la partition.
Est-ce que certaines mélodies modifient profondément la projection de la voix ? Je pense au lyrisme presque opératique des mélodies de Korngold, si éloigné des climats intimes de l’écriture de Pauline Viardot ?
Il est essentiel de bien déterminer l’ordre des morceaux car il s’agit en effet de restituer des pièces très lyriques et qui nécessitent beaucoup de puissance alors que d’autres jouent d’atmosphères très intimistes. J’adore ce défi qui consiste à utiliser toutes les couleurs, la texture et le volume de la voix.
Le pianiste Malcolm Martineau est l’un des grand spécialistes des répertoires de la mélodie. Parlez-nous de votre collaboration avec lui…
L’année dernière, nous avions fait un récital ensemble, à Paris. Tout est beaucoup plus facile quand on travaille avec lui ! On se laisse porter par son extraordinaire connaissance musicale. Il s’agit véritablement une collaboration, d’un dialogue et, pour moi, d’un plaisir toujours renouvelé.