Retrouvez tous les contenus numériques de l’orchestre ligne (replay, concerts, live, podcasts…).
Découvrez toutes les ressources pédagogiques, les projets d'éducation artistique et culturelle, les concerts scolaires.
Explorez les coulisses de l’orchestre, ses partenaires et les ressources presses.
En savoir plus sur le mécénat d’entreprise, le mécénat des particuliers et les projets à soutenir.
Carmen Brouard
(1909-2005)
Concerto pour piano et orchestre “Baron la Croix”
Un seul mouvement
Date de composition : 1984
Création mondiale : 2012 par l’Orchestre Metropolitain de Montréal dirigé par Airat Ichmouratov. Soliste: Patrice Laré. Création française : 6 avril 2023 par l’Orchestre de chambre de Paris dirigé par Antonio Mendèz. Soliste : Célimène Daudet.
Célimène Daudet nous propose quelques clés d’écoute à propos de cet étonnant concerto de la compositrice haïtienne Carmen Brouard.
Comment avez-vous découvert l’œuvre de Carmen Brouard ?
Depuis 2016, j’ai entrepris un travail de recherche consacré aux musiciens haïtiens. Je n’ai découvert l’œuvre de Carmen Brouard que tardivement. Quelques pièces pour piano seul m’ont intéressée puis j’ai entendu parler du Concerto pour piano. J’ai eu accès à la partition grâce au musicologue canadien d’origine haïtienne, Claude Dauphin et j’ai rencontré la fille de la compositrice, elle-même pianiste. Elle m’a beaucoup aidé dans la compréhension de l’œuvre de sa mère.
Quelles ont été vos premières impressions en lisant les partitions de cette compositrice ?
Ce fut d’abord l’émotion de découvrir une musique qui parle à mes origines, mais aussi qui révèle le portrait d’une femme qui s’exila durant une période très sombre de l’histoire haïtienne. Établie à Montréal, elle étudia en France dans les années cinquante, notamment auprès de Georges Hugon. Sa musique recouvre une étonnante mosaïque d’esthétiques, nourrie du langage occidental et d’une passion pour les aspects les plus authentiques de la tradition vaudou.
De quelle manière cette culture haïtienne se traduit-elle dans le concerto pour piano ?
La dimension polyrythmique est essentielle, portée par un piano utilisé dans toute sa dimension percussive. Il joue le rôle des tambours qui rythment les moments de la cérémonie vaudou et permettent à la foule d’entrer en transe.
Comment se structure la partition ?
Elle suit de manière chronologique les différentes phases du rite qui débute le soir et s’achève au petit matin. Les tableaux s’enchaînent dans une pièce en un seul tenant. On découvre ainsi des personnages comme le dieu Baron-La-Croix, le dieu des morts et de la grivoiserie, mais aussi les grande prêtresses qui chantent et dansent. Avec l’entrée en transe, l’œuvre atteint un paroxysme en termes d’énergie puis tout s’apaise au lever du jour.
Il s’agit donc d’un folklore recréé avec l’instrumentation et l’orchestration occidentales…
En effet. Le langage de Carmen Brouard est assumé et ne tombe jamais dans l’exotisme. De fait, il peut être déroutant d’entendre une succession de tableaux assemblés à la manière d’un collage. Pour le soliste, le défi consiste à préserver l’incessante variété de modes de jeux sans altérer la dimension narrative de l’ensemble. Le caractère organique de la musique fort bien écrite est tel que tout se met en place de manière assez évidente. Cette musique à la fois simple et complexe apparaît comme la synthèse de l’écriture tardive de la compositrice.