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[Dossier pédagogique] Le Génie Balte

En route vers les pays baltes lors du concert scolaire du 20 janvier de l’Orchestre National de Bretagne ! Nous entendrons la grandiose Cinquième Symphonie du compositeur finlandais Jean Sibelius, ainsi que des extraits de Cloudworks, concerto pour violon et orchestre, du compositeur estonien Ülo Krigul, en création mondiale.

Vous trouverez sur cette page des éléments pour préparer vos élèves à leur venue au concert, une présentation de la vie de Sibelius agrémentée d’extraits de son journal, des guides d’écoute avec focus dans la partition d’orchestre…

N’hésitez pas à me contacter pour toute question ou suggestion,

Bonne lecture, bon concert!

Hugo Crognier
Enseignant Conseiller relais
hugo.crognier@ac-rennes.fr

I - Le compositeur, Jean SIBELIUS

Sibelius est le meilleur représentant de la musique nationale finlandaise. La Finlande est un pays d’Europe du Nord, baigné par la mer baltique, composé d’îles et d’innombrables lacs. Sa capitale est Helsinki.

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Né à Hämeenlinna (centre de la Finlande) en 1865, Jean (ou Johan) Julius Christian Sibelius n’a que deux ans lorsque son père, médecin militaire, meurt des suites d’une épidémie de choléra. Il est alors élevé par son oncle, musicien amateur.

Très jeune, Sibelius va apprendre la musique et sera en mesure de composer sa première œuvre à l’âge de dix ans Goutte d’eau, pour violon et violoncelle

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À quatorze ans, il reçoit un violon en cadeau et prend des leçons du Chef de l’Harmonie militaire d’Hämeenlinna.
Sous la pression de sa famille, il entreprend des études de droit à la faculté d’Helsinki en 1885, mais s’inscrit en même temps aux cours de composition et de violon de l’Institut de musique fondé par Martin Wegelius.

À l’automne 1889, Sibelius poursuit ses études à Berlin. De retour, en 1890 au cours de l’été, en Finlande, Sibelius est présenté dans la haute société d’Helsinki par l’intermédiaire de son ami Järnefelt. En automne, il part pour Vienne, muni d’une lettre d’introduction pour Johannes Brahms que lui a remise Busoni. Brahms refusera de le recevoir et il poursuivra ses études musicales avec Goldmark et Fuchs jusqu’en 1891 date à laquelle il retourne en Finlande. Ses facultés créatrices vont maintenant éclater et de nombreux projets musicaux mûrissent dans son esprit.

À cette époque, un fort courant nationaliste contre la Russie se fait sentir dans toute la Finlande. Sibelius s’inspire de ces idées et participe à l’élan national. Au printemps 1892, il termine un poème symphonique,
Kullervo, qui est donné le 28 avril 1892. Sibelius dirige lui-même l’orchestre. C’est un succès immense. Pendant les années suivantes, il composera sur des légendes finlandaises : En saga (1892), Karelia (1893), Lemmikaanen (1895), Finlandia (1899) qui est son œuvre la plus connue et qui est considérée comme un second hymne national.

Sibelius épouse peu après Aino Järnefelt, la sœur de son ami (photo ci-dessous) et est nommé professeur à l’Institut de musique et à l’école de direction d’Orchestre fondée par Kajanus. Il donne aussi des cours particuliers et entre en contact avec la célèbre firme d’édition allemande Breitkopf et Hartel.

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En 1904, il fait construire une grande maison de bois à Järvenpäa où il vivra jusqu’à la fin de ses jours. Il y trouve le calme pour composer. L’année 1910 voit naître sa Quatrième Symphonie qui suscite incompréhension voire hostilité. Il part aux Etats Unis en 1914, et à son retour il est très affecté par l’hécatombe de la guerre 1914-1918. Après la révolution russe de 1917, la République finlandaise est enfin proclamée en 1919.

Le tableau ci-dessous, peint par Akseli Gallen-Kallela en 1894, est intitulé Symposium. On y voit en bas à droite Sibelius. Le compositeur participa à la fin du XIXème siècle à de nombreuses soirées, en compagnie du peintre, de Robert Kajanus, d’Armas Jarnefelt (son beau-frère) entre autres… On y refaisait le monde, sinon la Finlande, dans des discussions politiques exaltées. On imagine que l’habitude de Sibelius de s’enivrer et de fumer avec excès date de cette période…

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Sa fin de carrière est assez triste. Il ne parvient pas écrire sa Huitième symphonie, attendue pourtant par Serge Koussevitzky qui doit la diriger. La diffusion de ses œuvres par son éditeur allemand est très compromise. Il arrête ses activités de chef d’orchestre et ne compose plus d’œuvre de grande importance. Dépressif, il sombre dans l’alcoolisme. Il meurt le 20 septembre 1957 à l’âge de 92 ans à Järvenpää.

Pour aller plus loin, je recommande les deux émissions suivantes diffusées sur France Musique et disponibles en podcast…

https://www.francemusique.fr/emissions/dans-l-air-du-soir/jean-sibelius-emission-1-5-11619

https://www.francemusique.fr/emissions/musicopolis/jean-sibelius-helsinki-en-1917-1-5-12148

II- Cinquième Symphonie : Contexte de composition

Avant sa version définitive, l’œuvre connut plusieurs remaniements. La version originale (qui comportait quatre mouvements) fut créée le 8 décembre 1915 à Helsinki, jour du cinquantième anniversaire du musicien. Cependant, une version révisée verra le jour l’année suivante, sans toujours satisfaire le compositeur. Fin novembre 1919, sous la direction du compositeur, la Cinquième Symphonie fut enfin entendue à Helsinki dans sa forme définitive et emporta un vif succès.

On le voit, le temps de gestation de cetteCinquième Symphonie fut long. Quatre années séparent la version originale de la version définitive (dans l’intervalle, il compose de nombreuses pièces musicales alimentaires à la demande de son éditeur). De nombreux témoignages font part du labeur du compositeur dans son processus de création (que ce soit dans son journal ou dans ses correspondances)…

« Je suis de nouveau dans un abîme profond, mais je commence à entrevoir les sommets qu’il me sera probablement donné de gravir un jour ».

Journal de Sibelius, septembre 1914

«Travaillé au 1er mouvement de la V. Une fois de plus. Il en sortira sûrement quelque chose de bon. D’esprit classique. Les motifs l’exigent».

Journal de Sibelius, 28 mai 1918

«Symphonie V -mirabile, pour ne pas dire horribile dictu, terminée dans sa forme définitive. Combat avec Dieu. Mes mains tremblent et je peux à peine écrire»

Journal de Sibelius, 22 avril 1919

III- Au cœur de l'œuvre

Les extraits audio utilisés dans les guides d’écoute proviennent du coffret de disques publié chez EMI Classics, dirigé par Simon Rattle en 2007 avec le City of Birmingham Symphony Orchestra.

A/ Premier mouvement, Tempo molto moderato (mi bémol majeur)

Le premier mouvement dure environ 13 minutes. Sa structure est complexe, le compositeur George Benjamin y voit « un mouvement s’inventant lui-même au fur et à mesure qu’il progresse ». En une mesure à 12/8, sur un roulement étouffé de timbales sur la note si bémol, la Cinquième symphonie s’ouvre Tempo molto moderato par un appel des quatre cors surgissant du lointain…

B/ Second mouvement, Andante mosso, quasi allegretto

Le second mouvement, en Sol majeur à 3/2, dure environ neuf minutes. Selon Hepokoski, il est des trois « le plus facile à interpréter de travers. De nombreux commentateurs ont été frappés par sa sa simplicité désarmante, par son coté détente entre deux mouvements plus puissants. C’est taper à côté de la plaque. Il faut plutôt, comme à travers le miroir d’Alice, se faufiler discrètement à travers son idyllisme et sa naiveté de surface, alors seulement on aura une idée des complexités qu’il recèle ». Dès le début de ce mouvement, un discours s’engage entre les cordes, en pizzicato, et les flûtes. Les clarinettes, bassons, et cors soutiennent ce discours par des notes tenues, formant des accords qui alternent, se superposent, se tendent, se résolvent dans une grande richesse harmonique.

C/ Troisième mouvement, Allegro molto

Le puissant finale retrouve immédiatement, avec la tonalité de Mi bémol majeur, le ton héroique du premier mouvement. D’une durée d’environ 10 minutes, il est construit sur trois thèmes de caractères très différents. Le premier thème, une sorte d’ostinato (ou de mouvement perpétuel) en doubles croches répétées, se déploie dans un espace sonore de plus en plus vaste…

Le second thème est inspiré par le vol des cygnes. Citons Sibelius lui-même, dans son
journal…

« Aujourd’hui à onze heures moins dix, j’ai vu seize cygnes. Une des plus grandes expériences de ma vie ! Dieu, quelle beauté ! Ils ont longtemps et magnifiquement tournoyé au-dessus de moi. Ont disparu dans la brume ensoleillée comme un ruban d’argent brillant par moments. Leurs cris avaient le même timbre d’instrument à vent que ceux des grues, mais sans trémolos. Les cygnes sont plus proches des trompettes, avec quelques éléments de sarrusophone. Comme un refrain rappelant dans le registre grave les larmes d’un petit enfant. Mystique de la nature et malheurs de la vie ! Le thème du finale de la Cinquième symphonie. Trompettes en legato. Je dois maintenant me pénétrer de ce qui si longtemps m’est resté extérieur. Aujourd’hui, 21 avril 1915, j’ai été transporté dans les hauteurs. »

Journal de Sibelius, 21 avril 1915

« Les cygnes ne quittent pas mon esprit et donnent à la vie son lustre. C’est curieux mais rien au monde, que ce soit l’art, la littérature ou la musique, ne produit sur moi le même effet que ces cygnes, grues et oies sauvages.»

Journal de Sibelius, 24 avril 1915

Ainsi, dans les profondeurs, le thème du vol des cygnes semble se déployer aux cordes graves (violoncelles et contrebasses),mais il est coupé net pour être joué juste après sans entrave par les cors dans la nuance poco forte…

Enfin, faisons un focus sur la toute fin de cette symphonie. Six accords, largement mais irrégulièrement espacés. Seul le dernier accord retrouve la tonique…

Cette conclusion surprit à l’époque même les plus fervents admirateurs de Sibelius. Une des employées de l’orchestre, estima même qu’ils gâchaient la symphonie tout entière ! Ils contribuent en réalité à maintenir la tension jusqu’au bout. Luyken compare cette fin en suspens à celle d’un film débouchant soudain, juste après être parvenu à son sommet dramatique, sur une série de plans fixes